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Edito

Oui, une fois de plus, le Printemps de Bourges ouvre la saison des festivals, la saison de la musique en larges rations, de la musique partagée – les stars, les petits nouveaux, les vieux aventuriers, les artisans sincères, les bizarres, les sensations fortes... Une fois de plus, ce Printemps fait antidote à l'hiver, à la gravité, au froid, à la sinistrose. La crise ? Le temps de six jours de festival, elle recule.

Et pourtant, dans nos métiers de la musique, la précarité et l'insécurité économique gagnent du terrain, même si on n'a jamais autant vu de Français dans les salles de concert. Le désastre vécu depuis plusieurs années par l'économie du disque oblige toute la filière musicale à se repenser. Heureusement, ici au Printemps, le mouvement est une tradition, se réinventer est une habitude.

Comment expliquer autrement que ce soit pour le Printemps qu'Olivia Ruiz, Camille, Emily Loizeau, Jeanne Cherhal et La Grande Sophie aient accepté de donner un concert ensemble. Chacune a son répertoire, sa carrière et son public et il ne fallait pas avoir froid aux yeux pour oser partager la scène. Mais elles ont dit oui avec gourmandise et avec enthousiasme.

Où ailleurs auraient-elles pu installer leur laboratoire ? Ici, on pratique depuis toujours les nouvelles formes, les nouveaux goûts, les nouvelles manières de faire entendre la musique. Ainsi, depuis vingt-cinq ans, les Découvertes du Printemps de Bourges révèlent chaque année de futurs grands artistes de demain, repérés par un outil unique en France, le Réseau Printemps. Le festival 2010 présente d'ailleurs six anciennes Découvertes dans sa programmation officielle : Jeanne Cherhal, Féloche, Hocus Pocus, Nathalie Natiembé, Chapelier Fou et Mustang...

Et le Printemps continue à chercher les formules de concerts qui correspondent le mieux aux évolutions des goûts et des habitudes de consommation des jeunes générations. L'année dernière, la première Rock'n'Beat Party avait associé électro et rock pendant une nuit entière. Alors, cette année, la Rock'n'Beat Party II reprend la même formule de 21 heures à 5 heures du matin.

Il faudrait énumérer tout ce qui fait de ce Printemps, encore une fois, un espace de recherche et d'audaces. Après les artistes japonais invités en masse l'année dernière, c'est l'Afrique du Sud qui colore la programmation 2010. Cette année, le festival investit un nouveau lieu, l'église Saint-Pierre, pour une programmation transgenres allant de la musique classique aux nouveaux espaces des musiques traditionnelles. Toute la semaine, le 22 agira encore comme le pôle d'attraction des esprits curieux : deux salles accotées avec une programmation radicale, novatrice, inattendue. Mais, comme toujours, ce Printemps 2010 est enraciné et garde un oeil sur l'histoire des musiques populaires, notamment en invitant le légendaire Daniel Johnston ou le retour d'Iggy avec ses Stooges. Et, dans toutes les salles, des personnalités fortes, des parcours sans concession, des visions singulières, des artistes qu'il faut voir maintenant, alors qu'ils s'arrachent au gel et prennent leur envol vers le soleil, vers l'histoire. C'est cela, un printemps. C'est cela, le Printemps.

D.C.

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